Radio Suisse Romande
Archives sonores des parlers patois de la
Suisse  romande  et  des régions voisines
MEMORIAV Médiathèque Valais - Martigny
 
Emission : Un trésor national, nos patois
Titre: Le patois vaudois
Enregistrement: 6 juin 1959    

Table des matières :

1. Introduction (texte)
2. Lo menon dè la dama de Mathou ( Le tour de cou de la dame de Mahod ) de Louis Favrat, dit par Auguste Janin (texte)
3. Aprî lou Terâdze dé Maôdon dé 1950 de et par Henri Dutoit (texte)
4. Le renâ et l’étiâirû (Le renard et l’écureuil) de Jules Cordey, dit par  Henri Dutoit (texte)
5. L’orgolhiâo (L’orgueilleux) de Jules Cordey, dit par Maurice Chappuis (texte)
6. La piodze (La pluie) de Jules Cordey, dit par Maurice Chappuis (texte)
7. Le prevolet et lo craizu (La lampe et le papillon) de Jules Cordey, dit par Maurice Chappuis (texte)

 

1. Introduction

Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, chers amis patoisants, notre émission est consacrée au patois vaudois. Tout d’abord, voici l’un de nos doyens - il a 85 ans - M. Auguste Janin, ancien député à la Berallaz-sur-Montheron. Il parle le patois du Jorat, de Savigny plus précisément, et nous donnera lecture de « Lo menon dè la dama de Mathou », donc de Mathod. C’est un croquis de Favrat, paru dans Po recafà

 

2. Lo menon dè la dama de Mathou de Louis Favrat, dit par Augute Janin

Qu’est-ce ceci pour une histoire ? Attendez voir : laissez-moi la démêler un peu: il faut pourtant que je m’en souvienne. Je vous ai déjà dit qu’il est question de Mathod, d’une dame et d’un minon (menon = ici : grand tour de cou, boa). Avez-vous entendu ? – Bon ! Maintenant (oreindrai = tout droit, directement) écoutez. - Il y avait une fois une dame, qui était bel et bien une dame, car elle portait un minon, une affaire qui est faite de peau de chat. Et ce minon de cette dame, quand bien qu’il eût une dizaine d’année et peut-être plus et qu’il fût un peu usé, il était encore beau et bon pour s’enrouler autour du cou par temps de bise, et la dame le mettait toujours ; et une fois qu’elle l’avait mis, et qu’elle s’en revenait de je ne sais où, et qu’il faisait un vent terrible (dè la metzance = de la malchance, du diable), le minon se détacha de son cou, et le vent l’emporta (tsanpa via = pousser, jeter loin de), et voici la dame qui cherche son minon de-ci, de-là, de droite et de gauche, devant et derrière, et qu’elle ne le trouve pas. Vous pouvez croire si elle pouvait le retrouver : le vent le lui avait laissé (accoulliâi = le sens d’origine est cueillir, mais il est devenu lancer, jeter, le patois sous-entendant la suite de l’action.) sur un gros noyer ; ma foi elle fut bien obligée de s’en revenir sans son minon, et elle le regrettait amèrement, quand bien même qu’il fût usé.

 La voici partie. C’est bon ; un peu après arrivait un compagnon qui s’en venait d’Yverdon et qui avait bu un verre (quartetta : chopine de 3-4 dl) à Treycovagnes ; je ne sais pas d’où il était, ils n’ont pas su me le dire. Et ce compagnon qui fumait tout bonnement son brûlot (chétzemoqua : pipe en terre à tuyau très court), s’arrêta court et se dit ainsi : “Mais que diable y a-t-il sur ce noyer ?” On était déjà proche de la nuit, et par le vent qu’il faisait le minon qui était une de ses grands accessoires que portent les dames, pendouillait de-ci de-là, si bien qu’on aurait parié que c’était un grand serpent. Et voici mon gaillard qui s’épouvante et qui se sauve par les prés, courant à grandes enjambées (le patois exprime bien la façon dont il fuit : tan que pau éteindre) ; qui arrive en criant, sans chapeau, le vent le lui avait emporté, et sans son brûlot, il l’avait laissé tomber de peur.

 “ Il a douze pieds de long !eh ! Mon Dieu ! Il est sur un gros noyer ; il s’est embusqué là pour sauter sur les gens : eh ! Mon Dieu ! Si je n’avais pas couru par les prés, il m’aurait mangé ! Eh ! La vilaine bête !...”

 Et voilà mes braves gens de Mathod qui se mettent à crier et qui veulent sonner le tocsin pour faire venir les gens, pour aller contre la vouivre (vouîvra : animal fabuleux, serpent ou dragon venant des ondes, que l’on retrouve dans de nombreuses légendes de maints pays). “Il y a une vouivre ! Une vouivre, un immense serpent ! Une vouivre ! Entendez-vous !” – Voici une bande de gaillards résolus, sans compter les femmes et les enfants, qui partent de Mathod, avec des fourches (fortzon = petite fourche à deux dents), des faux, des serpes, des fléaux, et je sais quoi d’autres, pour aller tuer la vouivre, qui pendait toujours sur le noyer.

– Crin, crâ, pin, pâ, hardis ! Courage ! Allons ! Pierre Bretton avec ta grande fourche !... Non, laissez-moi aller avec ma faux !... rrau !... et les fourches, les faux, les serpes que l’on (y) jetait contre, tout cela vous faisait une musique, qu’on aurait dit qu’on enchaplait (eintzapllîâ = battre la faux pour amincir le tranchant) toutes les faux du pays... « La voilà en bas ! La voilà en bas ! Vous pouvez compter qu’elle ne re-bougera pas, elle est en quatre morceaux... – Heuh !... Que le diable t’emporte seulement pour une affaire... ce n’est pas une vouivre !... heuh ! Ce n’est pas un serpent... heuh ! C’est un minon que l’on met au cou !... Que le diable t’emporte seulement !... heuh ! C’est le minon de la dame ; vous voyez bien, de la dame... – De quelle dame ? – De la dame qui a le minon en peau de chat, vous voyez bien. – C’est, ma foi, vrai, c’est bien son minon. » - Et le lendemain, ils rapportaient le minon à la dame qui avait un nom, mais je ne veux pas vous le dire... les gens de Mathod vont vous le dire assez, ils se souviennent de l’histoire.

 
3. Aprî lou Terâdze dé Maôdon dé 1950 de et par Henri Dutoit

Après M. Janin, voici M. Henri Dutoit de Neyruz, près de Moudon, qui parle le patois de la Broye. Il nous dira « Aprî lou Terâdze dé Maôdon », c’est-à-dire « après le tir cantonal de Moudon de 1950 » qui est une pièce en vers, fort malicieuse ma foi, composée par lui-même. Elle sera suivie de « la fable du renard et de l’écureuil », tirée de « Por la veilla » de Marc à Louis.]

Mâodon s’è fé honneu. L’è pas lou premî yâdzo
Que noûtra bouna vela a fé tot cein que faut.
Lâi a dzà grantenet que montre dâo corâdzo.
N’îrè-te pas l’adzî dâi fiè z’Èta de Vaud ?
Lè Monsu de Savoye qu’îrant pas dâi nigaud
L’ant binstoû z’âo z’u yu à cô l’avant à fére.
Lou Petit Charlemagne, qu’amâve bâire on verro
Savâi dâi Mâodounî tenî lè pî âo tsaud.
À quauque tein de lé, proûtso de Vilmerguene
Lè sordâ dè Mâodon coumandâ pè Cerjat
L’ant reincontrâ per lé dâi dzein à pouta mena
Que l’ant dû dèguierpî pllie rîdo que dâi tsat.
Pâo-t’on, aprî tot cein ître mau èbahià
Qu’aussant chè clli Mâodon po lou tir cantonà ?
Dâo Dzorat à la Broûye, de tî lè z’einveron,
Sant vegnu dâi tireu, veretâblyo luron
Que po tot cein que fant meretant onna cotse.
Tî lè coup, bin adrâi, dècrotsant la motse.
Ah, se Gueliaume Tè revegnâi permi no,
De bounheu, farâi fîta mé de quaranta dzo.
Quauque z’on, tot parâi, que l’avant la gruletta
L’ant manquâ lè carton po tirâ dein lou prâ
Âobin, pllie ein amont, dein lou grand boû dâi fâo
Peuplyâ de benozî de coucou, de chouette,
Dè renâ, d’ètiâiru, d’agasse et de criblyette
Qu’ein oûyeint tot d’on coup on parâi dètertin
Ant tî fotu lou camp quemet dâi dèratâ.
Tîte clliâo pourè bîte îrant moûve de châ.
Moudon s’est fait honneur. Ce n’est pas la première fois
Que notre bonne ville a fait tout ce qu’il faut.
Il y a déjà longtemps qu’elle montre du courage.
N’est-ce pas le lieu du fier Etat de Vaud ?
Les Messieurs de Savoie qui n’étaient pas des nigauds
Ont bientôt vu à qui ils avaient à faire.
Le Petit Charlemagne, qui aimait boire un verre
Savait des habitants de Moudon tenir les pieds au chaud.
A quelque temps de là, près de Vilmerguene
Les soldats de Moudon commandés par César
Ont rencontré par là des gens grimaçant
Qui ont dû déguerpir plus vite que des chats.
Peut-on, après tout cela être mal étonné
Qu’ils aient choisi ce Moudon pour le tir cantonal ?
Du Jorat à la Broye, de tous les environs,
Sont venu des tireurs, véritables lurons
Qui pour ce qu’ils font méritent une coche.
Tous les coups, bien adroits, ils décrochent la mouche.
Ah, si Guillaume Tel revenait parmi nous,
De bonheur, il ferait fête plus de quarante jours.
Il paraît que quelques uns, tout pareil qui avaient la grulette (gruletta = tremblote)
Ont manqué les cartons pour tirer dans le pré
Ou bien, plus en amont, dans le grand bois des fayard (fâo = hêtre)
Peuplé de bons-oiseaux, de coucous, de chouettes, (bon-oiseau = oiseau de proie)
De renards, d’écureuils, d’agasses et de buses (agasse = pie)
Qui en entendant tout d’un coup un pareil vacarme
Ont tous foutu le camp comme des dératés.
Toutes ces pauvres bêtes étaient trempées de suer.
 
Lè renâ, que lè tsin sant lâo proûtso cousin,
L’ant ètâ bin reçu pè lè dzein de Thierrein.
Trâineint lâo granta qûva, lè poûro z’ètiâiru
Sant parti tot capot tsî lâo frâre à Neyruz.
Quand passâvant à Bussy, l’avant rein mé d’accouet
L’ant ètâ benhirâo de medzî dâo vincouet.
Lè z’agasse et lè pià, avoué lè benozî
Sant retornâ tsî leu, quiè dan, à Denezy,
Lè bordanne à Vulliein, pu à Chyein, lè coucou, (le « s » initial de Syein est chuinté)
Tandu qu’à Vutserein sant z’u lè loutsèrou.
Dein lou prâ, lè grelyet, lè ratte et lè derbon
Que de pouâire, ant prâo sû attrapâ la riclletta,
Sè sant tot assetoû einfattâ dein lâo perte
De yô ne chalyetrant pas mé de sta séson. (salyî = sortir, le « s » initial est chuinté)

 

 

 

Les renards, qui sont des proches cousins des chiens,
Ont été bien reçus par les gens de Thierrens. (Le sobriquet patois des habitants de Thierrens est lè Tsin = les chiens)
Traînant leur grande queue, les pauvres écureuils
Sont partis tout déconcertés chez leurs frères à Neyruz. (Le sobriquet patois des habitants de Neyruz est lè z’Etiâiru = les écureuils)
Quand ils passaient à Bussy, ils n’avaient plus rien comme énergie
Ils ont été bienheureux de manger du vin cuit. (Le sobriquet des habitants de Bussy-sur-Moudon est lè Medze-vin couë = les Mange–vin cuit)
Les agasses et les pics, avec les bons oiseaux
Sont retournés chez eux, tien donc, à Denezy,(Le sobriquet patois des habitants de Denezy est lè Bon-Ozi = les Eperviers)
Les grosses mouches à Vulliens, puis à Syens, les coucous, (Le sobriquet patois des habitants de Vulliens est lè Taleine = les Frelons et celui des habitants de Syens lè Coucou)
Tandis que les chats-huants sont allés à Vucherens. (Le sobriquet patois des habitants de Vucherens est lè Chuvettè = les Chouettes)
Dans le pré, les grillons, les souris, les taupes
Qui de peur, ont assurément attrapé la riclette, (riclletta = diarrhée)
Se sont tout de suite faufilés dans leur trou
D’où ils sortiront plus de cette saison.

 

Ora, tot l’è botsî. Tsacon, grand et petit
Garderâ de cllia fîta lou pllie bî souvenî.
Quand nos maître tireu tot fiè de lâo corounè,
D’onna balla cocarda, d’on galé gobalet
Lè montrèrant dzoyâo à lâo felye et valet
Lâo derant : « Quemet no, l’ein a min dein sti mondo.
Vo pouâide vouâitî lyein, bin lyein tot’à la rionda.
Dein noûtron bî payî, pas fauta d’avâi pouâire,
Lè valet ristèrant adî digne dâi pére. »

Maintenant, tout est fini. Chacun, grand et petit
Gardera de cette fête le plus beau souvenir.
Quand nos maîtres tireurs tout fiers de leurs couronnes,
D’une belle cocarde, d’un joli gobelet
Ils les montreront un jour à leurs fils et à leurs filles
Ils leur diront : « (des) Comme nous, il y en a point dans ce monde.
Vous pouvez regarder loin, bien loin tout à la ronde.
Dans notre beau pays, pas besoin d’avoir peur,
Les garçons resteront toujours dignes des pères. »

 

4. Le renâ et l’étiairû de Jules Cordey, dit par Maurice Chappuis

On galé petit ètiâirû
Toz plliein de vya, tot vi, tot dru,
La quva hiauta sein vergogne
Allâve querî dâi z'alogne.
Sè trove prâ pè on renâ…
(Porquie lâi a-te de clliâo bîte
Que fant dâo mau âi pllie petite?)
- Aussî pedhî, mon bon monsu,
Vo n'îte pas croûïo, l'è su!
Que lâi fâ la bîte rossetta,
Laissî mè vivre onco'n'hâoretta.
-Riein dâo tot, lâi dit lo renâ,
N'é pas lezi de bambanâ.
- Eh bin! dèvant de mè reduire
Laissî mè dere mè prèïre !
-Tè prèïre? Qu'è-te que cein?
- L'è oquie que no fâ dâo bin,
Que fâ lo viardzet. Accutâde:
Clliâo que dzemelhiant, lè malâdo
Que l'ant fauta de soladzî,
Lo mî que fant l'è de prèï
- Quemet fâ-t-on?- L'è bin facilo:
On sè tint dinse bin tranquillo,
On djeint lè piaute de dèvant,
On âovre adan lé get bin grand
Ein guegneint damon dâi z'étâle,
Pè lo coutset de clliâo sapalle,
La tîta hiauta, bin setâ,
Sein budzâî, sein équvatâ,
On dit: «Tè qu'a fé lé verdzasse,
Lè renâ, lè lâo, lè lemace,
I'é ma fâi bin fauta de tè
Câ su dein on rîdo papeet.»
Lo renâ mourgâre accutâve.
La potta d'avau lâi breinnâve.
Po sè maquâ de l'ètiâirû
Sè sîte su son pètâirû,
Djeint lè piaute, lève lè get,
Et guegne dâo côté dâo ciè…
Mâ l'ètiâirû que sè veillîve
Sè ludze…prrt… permi lè pive,
Que l'étant su on sapalon
Pu fâ dinse âo motset luron:
«Clli qu'a fabrequâ lè verdzasse
M'a de de tè dere stasse:
L'è qu'âme pas lè moquèrant
Que de prèï fant asseimblliant.

 

Un joli petit écureuil
Tout plein de vie et de vigueur, bien portant,
La queue haute sans vergogne
S'en allait chercher des noisettes.
Tout d'un coup, vers un pommier,
Il se trouve pris par un renard
(Pourquoi existe-t-il de ces bêtes
Qui font du mal aux plus petites ?)
- Ayez pitié, mon bon monsieur,
Vous n'êtes pas cruel, c'est sûr !
Que lui dit la bête rousse
Laissez-moi vivre encore une petite heure.
- Pas du tout, lui dit le renard,
Je n’ai pas loisir de lambiner
- Eh bien avant de m'avaler
Laissez-moi dire mes prières !
- Tes prières ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
- C'est quelque chose qui nous fait du bien,
Dit l'écureuil. Ecoutez :
Ceux qui gémissent, les malades,
Qui ont besoin d'être soulagés
Le mieux qu'ils puissent faire c'est de prier.
- Comment fait-on ? - C'est très facile :
On se tient ainsi bien tranquille,
On joint les pattes de devant,
On ouvre alors les yeux tout grands
En regardant par-delà les étoiles,
Vers la cime de ces sapins,
La tête haute, bien assis,
Sans bouger, sans agiter la queue
On dit : "Toi qui a créé les écureuils,
Les renards, les loups, les limaces
J'ai ma foi bien besoin de toi
Car je suis dans une belle papette" (papette = sens premier : bouille, boue ; ici : dans le pétrin)
Le renard moqueur écoutait.
La lèvre du bas toute tremblante.
Pour se moquer de l'écureuil
Il s'assied sur son postérieur
Joint les pattes, lève les yeux
Et regarde du côté du ciel
Mais l'écureuil qui se veillait (se veiller = faire attention)
Se glisse - prrt - parmi les pives, (une pive = une pomme de pin)
Qui étaient sur un sapin
Puis dit ainsi au luron déconfit :
"Celui qui a créé les écureuils
M'a dit de te dire ceci :
Il n'aime pas les moqueurs
Qui font semblant de prier.

 

5. L’orgolhiâo de Jules Cordey, dit par Henri Dutoit (sans texte)

Mesdames et Messieurs, nous terminerons cette émission par trois jolis morceaux de Marc à Louis, dits par M. Maurice Chappuis, de Carrouge, dans le canton de Vaud. Ce seront dans l’ordre : « L’orgolhiâo », une fâble ; « la pluie, la piodze », la poèsie et « le prevolet et lo bon craizu » qui est aussi une poésie.

L’orgolhiâo L’orgueilleux

On piâo l’ètâi zu èlèvâ
Su la tîta d’on Ripounâ
On vretâbllio bosson einmèclliounâ qu’on dianstre.
Faillâi pardieu bin la cougnâitre
Po dere de sè retrouvâ
Dein ti clliâo pâi rebibolâ,
Crâisî per dèvant, per derrâi,
Que fasant crotset et maillette
A fere châotâ lè pegnette,
Quemet se terîvant âo dâi,
Dein clliâo seindâ boutsî bin mî qu’avoué dâi porte.
Porquie dan lè pe croûïo guieu
Ant-te ti dâi mouî de cheveu,
Adan que bin dâi dzein de sorta
L’ant lo cotson tot dèplelhî ?
Clli piâo pouâve dan s’aguelhî
Et djuvî
Avoué sè chère, avoué sè frâre, à catse-catse
Dein cllia tignasse ;
L’ètâi pardieu bin benhirâo !
Mâ clli piâo l’ètâi orgolhiâo :
Sè crayâi bin mé que sè frâre
Et fabrequâ d’autra matâre
Fiè co on piâo su on molan.
On dzo – l’ètâi à sti bounan, -
Lè dzein à la Ripoûna ètant gaillâ ein fîte,
Sè cougnîvant tant que la tîta
De noûtron vîlhio Ripounâ
Le s’è trovâïe vesenâ
Avoué clliasique
D’on syndique
Dâo Gros-de-Vaud braquâ tot prî dâi carouset.
« Hardi ! sè peinse lo craset
De piâo. Hardi ! câ po sti iâdzo,
Se vu vère on autro velâdzo
L’è lo momeint. Ie vu cambâ
Du su mon guieu de Ripounâ
Su la tîta âo coo que la totse.
Dinse tsandzerî de perrotse. (prononcé ici « dinch »)
Mè cheinto fé, gros et cossu,
Po venî on piâo de monsu ! »
Onna menuta aprî l’avâi tsandzî de tîta
Et ie tsertsîve ’na capita
De pâi
Po s’einfatâ.
Pas pi ion qu’ein avâi. Fasâi de clliâo piautâie
Su la tîta plliemâïe
Tant que lo syndico a cheintu dèmedzî.
Lo piâo n’a pas pu sè lodzî :
L’a ètâ tyâ d’on coup de lètse-poste, (l’index = lètse-potse (lèche-louche))
Tyâ quemet on tye onna motse.
 

Qu’a-te gagnî noûtron fièraud
D’avâi voliu fére lo gros ?
Du que noûtra terra l’è rionda
L’è l’orgouet qu’a perdu lo mondo.

Un pou était élevé
Sur la tête d’un Riponnier (un Riponnier = un coutumier de la place de la Riponne)
Un véritable buisson diablement emmêlé.
Il fallait par Dieu bien la connaître
Pour prétendre s’y retrouver
Dans tous ces cheveux rebibolés (enroulés comme des rebibes, donc comme des copeaux de bois)
Croisés par devant, par derrière,
Qui faisaient crochets et maillets
A faire sauter les peignettes,
Comme s’ils se tiraient aux doigts
Dans ces sentiers bouchés bien mieux qu’avec des portes.
Pourquoi donc les plus crouïes gueux (crouïe = mauvais)
Ont-ils tous des tas de cheveux,
Alors que bien des gens de valeur
Ont la nuque toute dégarnie ?
Ce pou pouvait donc s’aguiller (s’aguiller = se percher, se tenir)
Et jouer
Avec ses soeurs, avec ses frères, à cache-cache
Dans cette tignasse ;
Il était par Dieu bien heureux !
Mais ce pou était orgueilleux :
Il se croyait bien mieux que ses frères
Et fabriqué d’une autre matière
Fier comme un pou sur une croûte.
Un jour – c’était à ce nouvel an –
Les gens de la place de la Riponne étaient joyeusement en fête,
Ils étaient tellement cougnés que la tête (cougner = serrer)
De notre vieux Riponnier
Se trouva voisine
Avec celle
D’un syndique
Du Gros-de-Vaud debout tout près des carrousels.
« Hardi ! » pense le gringalet
De pou. « Hardi ! Car pour cette fois,
Si je veux voir un autre village
C’est le moment. Je veux camber (camber = sauter)
De dessus mon gueux de Riponnier
Sur la tête du bonhomme qui la touche.
Ainsi je changerai de paroisse.
Je me sens fort, gros et cossu,
Pour devenir un pou de monsieur ! »
Une minute après il avait changé de tête
Et il cherchait une maisonnette
De cheveux
Pour s’y faufiler.
Pas même un qu’il y en avait. Il faisait de ces enjambées
Sur la tête plumée
Si bien que le syndic a senti démanger.
Le pou n’a pas pu se loger :
Il a été tué d’un coup de l’index,
Tué comme on tue une mouche.
 

Qu’a-t-il gagné notre fiérot
D’avoir voulu faire le gros ?
Depuis que notre terre est ronde
C’est l’orgueil qui a perdu le monde.

 

6. La piodze de Jules Cordey, dit par Maurice Chappuis

La piodze La pluie


La Luise avâi dou boun'ami:
On païsan, on cordagni.
Ti lè dou fasan po lâi pllière
Dâi biau presein, que falliai vaire.
Jamé Tiennon, lo païsan,
N'arâi fé einbougnî son pan
Tzi lo blondzi dau velâdzo
Sein fère, quemet' n'hommo sâdzo
Po la Luise on puchein quegnu.
Et Toine, lo tire-legnu,
Lâi baillîvé dâi dzerrotâire,
Dâi rodze, dâi blliantze, dâi nâire.

Noutra fèmala ne savâ
Lo quin mî lâi falliâi amâ:
L'avan ti lè dou lo mîm'âdzo,
Mîma fortena, biau vezâdzo.
Ti lè dou, robusto luron,
L'aran bin fé 'n accordairon
Avoué cllia galèza Lisetta
Que tsantâvè qu'on aluetta
Et que ti lè dzo sè desâi:
« Po bin chèdre, foudrâi savâti,
A mèlliau tein co l'è qu'affâne
Mé d'étiu, de Tiennon au Toine.»

 

On demâ de la mi-juillet
Que plliovessâi on boquenet,
Lo païsan sè reposâvè,
Et fasâi bin, du que lo pouâvè.
-Tzi no, vo sède prau qu'on di
Que rè ne pau vo z'einnouyî
Et vo fére dremî pllie rîdo
Quemet lè fénne, lè remîdo
Et la plliodze. – Mon cordagni
Desâi: « Mon metî fâ gagnî
Ti lè dzo, na pa ein campagne
Fau chômâ quan l'è que bargagne.»
- L'è veré, repon la Luison.
Ein sti momein, vaitcé Tiennon
Que sô et fâ: « La bouna piodze!
Ora, mon abondance godze;
Mon bllia, dâi pllie grô gran l'arâ.
Mon tsan, porri bin mî l'arâ.
Mon recô dein lo prâ va crètre,
Lè tchou, lè salarde van mettre
Dâi tîte quemet dâi tsaudron.
Vu pouâi rasetâ dou caïon.
Satâi dâi truffie, et ma sala
L'è jamé z'u vusse asse bala.» 

La Luise qu'avâi tot oïu
Adan fâ au tire-legnu:
« Per ti lè tein te tè bregande
Po pouâi dzoure aprî tè coumande
Et te n'a jamé on momein.
Na pa Tiennon, ein droumessein
L'erdzet lâi vin dein sa catsetta.
Sarî' na frantse bedoumetta
Se m'approtsîvo pa de li.
L'è tè que t'î mon boun'ami,
Galé Tiennon, se cein t'arrèdze,
Et râvo po lo caca-pèdze.»


La Louise avait deux bons amis :
Un paysan et un cordonnier.
Tous les deux faisaient pour lui plaire
De beaux cadeaux, qu’il fallait voir.
Jamé Etienne, le paysan,
N’aurait fait embougner son pain (embougner = faire toucher et souder les pains entre eux)
Chez le boulanger du village
Sans faire, comme un homme sage,
Pour la Louise un magnifique gâteau.
Et Antoine, le tire-ligneul, (legnu = fil poissé du cordonnier)
Lui donnait des jarretières
Des rouges, des blanches, des noires.
 

Notre dame ne savait
Lequel il lui fallait préférer :
Ils avaient tous les deux le même âge,
La même fortune, un beau visage.
Tous les deux, de robustes lurons,
Ils auraient bien fait un accords (s’accorder = se fiancer)
Avec cette jolie Louisette
Qui chantait comme une alouette
Et qui tous les jours se disait :
« Pour bien choisir, il faudrait savoir,
Quel est celui qui gagne
Le plus d’écus, de Etienne ou d’Antoine. »
 

Un mardi de la mi-juillet
Qu’il pleuvait un petit peu
Le paysan se reposait,
Il faisait bien, vu qu’il le pouvait.
- Chez nous, vous savez bien qu’on dit
Que rien ne peut vous ennuyer
Et vous faire dormir plus rapidement
Que les femmes, les remèdes
Ou la pluie. – Mon cordonnier
Disait : « Mon métier fait gagner
Tous les jours, tandis qu’à la campagne
On ne peut pas travailler quand il fait mauvais temps»
- C’est vrai, répond la Louise.
A ce moment, voici Etienne
Qui sort et dit : « La bonne pluie !
Maintenant, mon champ de betteraves a suffisamment d’eau (goge) ;
Mon blé aura de plus gros grains.
Mon champ je pourrais bien mieux le labourer.
Mon regain va croître dans le pré,
Les choux, les salades vont avoir
Des têtes comme des chaudrons.
Je vais pouvoir acheter deux cochons.
(Sarâi dâi truffie ?) Et mon seigle
Je ne l’ai jamais vu aussi beau. »

La Louise qui avait tout entendu
Dit alors au tire-ligneul :
« Par tous les temps tu te fatigues
Pour pouvoir te reposer après avoir fait tes commandes
Et tu n’as jamais un moment.
Contrairement à Etienne pour qui en dormant
L’argent vient dans sa poche.
Je serais une vraie bedoume (bedoume = sotte)
Si je ne m’approchais pas de lui.
C’est toi qui es mon bon ami,
Bel Etienne, si ça t’arrange.
Et zut pour le caca-pèdze. » (caca-pèdze = cordonnier)


7. Le prevolet et lo craizu de Jules Cordey, dit par Henri Dutoit
(sans texte)

Le prevolet et lo craizu

Le papillon et la lampe


« Tsoûye-tè bin, mon biau valet ! »
So desâi à ’n’on prevolet
Onna mére-grand prevoletta
Que lâi manquâve ’na tsambetta.
« Tsoûye-tè de cein qu’a dâo fu :
Lè grôche clliére, lè craizu,
Tote lè z’affére que brelhiant
L’è dâi machine que vo greliant
Et s’ein faut tenî gaillâ lliein
S’on a on boquenet d’èchein. »
Noûtron prevolet accutâve
Tot clli commerce et sè peinsâve :
« La mére radote on bocon,
Se s’èmagine que quaucon
Quemet ie su – avoué dâi z’âle
Dzaune, rodzette, asse balle
Que lè couleu de l’arc-en-ciè ;
De la tîta pllien son bounet –
Pouésse crère clliâo babioule.
De son teimps n’avâi min d’ècoule,
Mâ ora on è einduquâ
Et on sè laisse pas bourlâ. »
- « Quand l’è que i’èté dzouvenetta,
I’é bo et bin z’u ma tsambetta
Frecacha à ’n’on tschâfairu. (tchaffâiru = feu allumé le soir des Brandons, de l’allemand
Faut m’accutâ po restâ dru « Schaeferfeuer » = feu de bergers)
Et vedzet, - repondâi la mére. »
Mâ clli crazet de croûïo affére
De prevolet, quand lo né vint
N’a-te pas yu, et du tot lliein,
On coup qu’on vayâi pas n’istiére,
Brelhî onna galéza clliére.
Ne fâ adan ne ion, ne doû
Et ie trasse quemet on fou
Verounâ deinveron cllia clliére.
Prevolâve, faillâi lo vère
Sè ludzi per d’avau, d’amon,
Sein sè reposâ on bocon !
S’eimplliessâi lè get de clli rodzo
Et desâi : « Seimbllie que mè godzo
Dein cein que l’âi a de plllie biau. »
Mâ, l’è tant z’u d’amont, d’avau
S’è tant approutsî que sè z’âle
L’ant bourlâ quemet dâi z’ètalle.
L’a faliu modâ pè l’ottô
Clliotseint, soupiâ, bouèleint, râipau. (prononcé ici : bouèlè)

 

« Fais bien attention, mon beau garçon ! »
Disait à un papillon
Une grand-mère papillon
A qui il manquait une petite patte.
« Fais attention à tout ce qui a du feu :
Les grosses lanternes, les lampes,
C’est des trucs qui vous grillent
Et il faut s’en tenir bien loin
Si on a un peu d’escient. »
Notre papillon écoutait
Tout ce bavardage et pensait :
« La mère radote un peu,
Si elle s’imagine que quelqu’un
Comme moi – avec des ailes
Jaunes, rosées, aussi belles
Que les couleurs de l’arc-en-ciel ;
De la tête plein son bonnet –
Puisse croire ces sornettes.
De son temps, il n’y avait point d’école,
Mais maintenant on est éduqué
Et on ne se laisse pas brûler. »
- « Au temps de ma jeunesse,
J’ai bel et bien eu ma petite patte
Brûlée par un grand feu.
Il faut m’écouter pour rester en bonne santé
Et vif, - répondait la mère. »
Mais ce vaniteux de crouïe affaire (crouïe = mauvais)
De papillon, quand le soir vint
N’a-il pas vu, et de très loin,
C’était un soir où l’on y voyait rien
Luire une jolie lumière.
Il ne fait donc ni une, ni deux
Et il trace comme un fou
Pour tournoyer autour de cette lumière.
Il voltait, il fallait le voir
Monter et descendre
Sans se reposer un instant.
Il s’emplissait les yeux de ce rouge
Et il disait : « Il semble que je me plonge
Dans ce qu’il y a de plus beau. »
Mais, il est tant allé en haut, en bas
Il s’est tant rapproché que ses ailes
Ont brûlé comme des petits-bois.
Il a fallu rentrer à la maison
Clopinant, brûlé, bouélant, souffrant. (bouéler = pousser des cris de douleur, de rage, etc.)

 

A vo biau valottet et galéze fèmalle
Ie dio : « Vo faut restâ dè coûte clliâo sapalle
Dâo biau canton de Vaud, au mâitet de clliâo prâ.
Lé on pâo bin sèyî, lé on pâo bin aryâ,
On lâi vit benhirâo. Veni pas pè la vela
Iô tote lè couzon vo cheîdant à la fela :
Misère, maladi, einnoyondze, travaux
Que vo fant châ bin mé qu’on châvè à la faux.
La vela l’è por vo lo craizu que l’attîre
Lè poûro prevolet. Et cllia vela sè vîre
Contre vo, mè z’ami. Soupye adî on bocon !
Mimameint bin soveint ie vo bourle à tsavon ! (prononcé ici mimamè) 
A vous beaux garçons et jolies filles
Je dis : « Il vous faut rester à côté de ces sapins
Dans le beau canton de Vaud, au milieu de ces prés.
Ici on peut bien faucher, ici on peut bien traire,
On y vit bienheureux. N’allez pas à la ville
Où tous les soucis vous suivent à la file :
Misère, maladies, ennuis, travaux
Qui vous font suer bien plus que l’on suait à la faux.
La ville c’est pour vous la lampe qui attire
Le pauvre papillon. Et cette ville se tourne
Contre vous, mes amis. Elle roussit toujours un peu !
Même bien souvent elle vous brûle entièrement ! »

 

8. Conclusion

Mesdames et Messieurs vous avez entendu notre émission consacrée au patois vaudois, dit par MM. Janin à Montheron, Dutoit à Neyruz et Chappuis à Carrouge. Dans quinze jours, soit le 20 juin, une émission pour nos amis valdôtains. Pour les patoisants du Jura, nous avons pu nous arranger pour obtenir, du fait des vacances de Radio Genève, les samedis intermédiaires. Ainsi pourrons-nous passer à la suite, chaque samedi, les quatre actes de la pièce enregistrée à Ste-Ursanne : « la crêche » de Joseph Badet, le très actif président du groupement Vadet. Donc, en juillet, chaque samedi, dès le 4, du patois jurassien. Après quoi, Radio Lausanne consacrera une émission spéciale au 1er août. Puis ce seront les vacances de notre studio et la reprise de nos émissions patoises est fixée au 29 août, jour de la fête annuelle des patoisants valaisans. Cela sera donc le samedi et le dimanche. Nos bons vœux pour la réussite de la fête des Valaisans !


Médiathèque-Valais - Martigny, 2004